La fraude se déplace : ce que révèle le nouveau rapport de l’OSMP
Le 7 septembre 2026, l’Observatoire de la Sécurité des Moyens de Paiement (OSMP) a publié son rapport annuel, qui dresse l’état de la fraude en 2025.
Comme chaque année, l’analyse est très attendue, et cette édition affiche une nouvelle exceptionnelle : le taux de fraude à la carte atteint son plus bas niveau historique en France.
Pourtant, dans le détail, la fraude ne recule pas : elle se déplace.
La lutte contre la fraude à l’authentification a fortement progressé ces dernières années, avec pour résultat une sécurisation toujours plus forte du canal de paiement.
Résultat : les fraudeurs orientent leurs efforts vers une nouvelle cible : la décision du client.
Des progrès majeurs sur le front de l’authentification
Le premier enseignement du rapport de l’OSMP concerne la lutte contre la fraude à l’authentification.
En 2025, les paiements progressent de 4,2 % en montant et de 5,5 % en nombre, tandis que la fraude recule de 7,6 % en nombre d’opérations, pour un total de 1,24 milliard d’euros.
Sur la carte, le taux de fraude tombe à 47 euros pour 100 000 euros de paiements, en baisse de 11 %, un plus bas historique que l’Observatoire attribue à son plan de sécurisation des paiements à distance et à la généralisation de l’authentification forte issue de la DSP2.
Ce résultat récompense les efforts considérables engagés par les banques pour sécuriser le canal de paiement. Chez AdvanThink, nous sommes fiers d’y avoir contribué.
La tendance s’oriente vers une nouvelle typologie de fraude
Le rapport de l’OSMP révèle pourtant un basculement : si la fraude à la carte concentre 91% des transactions frauduleuses en volume, elle n’en représente que 35% en valeur.
Le virement pèse quant à lui déjà 39% de la valeur fraudée.
Le constat est clair : la fraude a changé de nature, avec moins d’opérations que les années précédentes, mais des montants unitaires plus élevés.
Derrière cette tendance, la hausse de la fraude par manipulation : elle atteint 516 millions d’euros en 2025, soit en hausse de 34% sur un an.
En seulement 4 ans, sa part dans la fraude globale en France a doublé, et en représente désormais 41,6%.
L’essentiel transite par le virement en banque en ligne, et le faux conseiller bancaire y tient le premier rôle.
En effet, dès lors qu’un client est mis en confiance par un faux conseiller et valide lui-même une opération frauduleuse, l’authentification forte ne bloque rien.
La problématique n’est plus seulement d’authentifier une transaction, mais de détecter une manipulation.
Détecter le comportement : le nouvel horizon de la lutte anti-fraude
Ce déplacement de la fraude modifie les exigences côté détection.
Une manipulation ne se repère pas dans la validité d’une transaction, mais dans le comportement qui l’entoure, c’est-à-dire au travers de toutes les activités inhabituelles pour l’utilisateur.
La réponse à cette nouvelle problématique réside dans le scoring comportemental en temps réel : la capacité à détecter des anomalies comportements par apprentissage automatique grâce à une connaissance fine du client et de son contexte.
Le rapport de l’OSMP érige d’ailleurs en priorité le renforcement d’une part des outils de prévention des banques par l’IA et la connaissance client, et d’autre part des capacités de blocages et temporisations de paiement, qui ont déjoué 158 millions d’euros de fraude en 2025.
Ces leviers sont ceux sur lesquels nous accompagnons les banques depuis des années via FraudManager.
En ligne de mire : une fraude structurée et industrialisée
Pour mener à bien cette mission, il faut comprendre le profil des fraudeurs derrière ces nouvelles menaces.
Le faux conseiller bancaire n’a rien d’artisanal, au contraire, il s’adosse à des centres d’appels frauduleux structurés à l’échelle industrielle.
Le jour même de la publication du rapport de l’OSMP, le procureur général ukrainien Rouslan Kravtechnko a démissionné, après la découverte d’un réseau soupçonné d’avoir protégé de tels centres contre rémunération (France Info en a relaté les détails).
Un rapport du GI-ATOC (Global Initiative Against Transnational Organized Crime) estime que cette filière emploie 60 000 personnes en Ukraine, et générerait jusqu’à un milliard de dollars de revenus par mois.
Face à une telle industrie, la réponse doit, elle aussi, être collective et industrielle : coordination des banques, coopération avec les télécoms et le numérique, et recours à l’Intelligence Artificielle pour le scoring comportemental en temps réel.
Cette industrialisation a déjà un accélérateur : l’IA agentique.
L’usurpation de voix ou encore les deepfakes permettent de « fabriquer » de faux conseillers crédibles, à moindre coût et à grande échelle.
La lutte contre la fraude emprunte la même voie : les agents IA qui mènent des investigations, corrèlent différents signaux et agissent en temps réelle sous le pilotage des directions risques.
En conclusion
La fraude carte recule, mais la manipulation prend le relais : l’authentification a sécurisé le canal, les fraudeurs visent désormais la décision du client.
Le prochain front est comportemental, contextuel et collaboratif.
L’anticiper aujourd’hui, c’est prendre une longueur d’avance sur une fraude qui, elle, a déjà change de terrain.